Ancien gardien de but des Léopards, Marcel Mayala : « Le football congolais a un peu régressé en termes de talents locaux ! »

Un des artisans de la « remontada » des Léopards (ex-Simba) contre les Étalons du Burkina Faso (4-4), lors de la petite finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 1998 à Ouagadougou, remportée finalement aux tirs au but, Marcel Mayala, actuellement entraîneur  des gardiens de but au sein de Daring Club Motema Pembe et léopards locaux,revient sur son parcours, et livre son opinion sur le foot congolais d’aujourd’hui… Entretien.  

Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le monde du football ?

J’ai commencé à jouer au football entre copains de quartier sur des terrains sablonneux, tout en étant écolier. J’évoluais tantôt comme avant-centre, tantôt come ailier droit… Mais, un jour, des ainés m’ont demandé de suppléer à l’absence de leur gardien de but ; ce que j’ai fait avec succès. Et le week-end d’après, ils m’ont sollicité de nouveau pour le même service… Et là, j’ai encore pris du plaisir à jouer. Finalement, ils m’ont titularisé dans leur équipe !

Peut-on évoquer déjà, à ce stade, un début d’une carrière sérieuse ?

En effet, c’est suite à ces différentes prestations que les dirigeants du FC Chanimétal, un club de première division, m’ont repéré et aussitôt recruté vers le début des années 1990. Comme j’enchainais de bons matchs, l’AC Sodigraf m’a contacté, et j’y ai évolué de 1992 à 1996. De là, j’ai rejoint les rangs du Daring Club Motema Pembe (DCMP) où j’ai évolué de 1996 à 2000. J’ai ensuite quitté ce club pour aller jouer dans le TP Mazembe jusqu’en 2003. Après, je me suis retrouvé en Afrique du Sud à Orlando Pirates pour une saison… Puis, c’est là q’une équipe vietnamienne est venue me solliciter. Sans hésiter, je suis allé à Da Nang pour une saison, mais plusieurs raisons m’ont poussé à décliner d’autres offres dans ce pays. J’étais loin de ma famille et je n’ai même pas pu assister aux obsèques de mon père suite à la distance. Finalement, j’ai décidé de faire un come-back au pays de Nelson Mandela pour évoluer cette fois-là, à Polokwané City Football Club, qu’on fera monter en première division. C’est en 2014 que je décide de ranger définitivement gants et bottines pour me consacrer au coaching des gardiens de but de ce même club africain.

 

 

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

Mon plus grand souvenir reste cette troisième place gagnée après un match fou à la CAN Burkina Faso 1998, avec cette médaille de bronze ramenée au pays, après plusieurs années d’insuccès !

 Quelle analyse faites-vous du football congolais d’aujourd’hui ?

Je ne vois pas grand-chose en termes de changement. Quand on jouait encore au pays, il y avait beaucoup de joueurs de talent… Yemweni, Bageta Dikilu, Fish Mungongo, Makenga, Papy Kimoto, Selenge, « Le beau » Bakasu, paix à son âme, Litimba Kaskito, Emeka Mamale et tant d’autres… On n’avait pas de salaire à l’époque, mais on jouait avec le cœur, on s’adonnait à fond ; c’est pourquoi on est arrivé à accomplir ces exploits ! Aujourd’hui, il y a ici et là quelques noms qui émergent du lot,  mais il n’y  a vraiment pas de rage de vaincre, pas d’enthousiasme… Le football congolais a un peu régressé en termes de talents locaux… Par rapport au collectif, je dirai qu’il y a un peu une amélioration parce que l’on compte de plus en plus d’entraineurs qualifiés… Personnellement, je suis des cours d’entraineur ; c’est désormais une obligation, même dans notre championnat. Aujourd’hui, sur le plan financier, il y a une amélioration puisque des joueurs signent des contrats, avec un salaire relativement décent.

La RDC connait actuellement un sérieux problème de gardiens de but, comment expliquez- vous cela ?

Je le reconnais… Et nous travaillons sur ça. Le football est devenu très exigeant de nos jours, c’est devenu pratiquement une science, rien ne se fait par hasard… Je vais vous donner un exemple : la RD Congo va jouer contre le Lesotho. Pour des supporters congolais, on va battre ce pays. Mais comment ? Oh, non, on va battre Lesotho seulement ! On ne se pose pas de questions parce qu’on a cité le nom de Lesotho, on pense qu’on va gagner. Alors que le football n’est pas comme ça. C’est qui nous a manqué depuis longtemps, c’est la relève, la préparation pour les générations futures. On n’a pas de structures pour encadrer les jeunes… Personnellement, je me bats pour mettre en place un centre de formation et on prendra très au sérieux ce problème de gardien de but !

Des écoles de foot voient de plus en plus le jour aujourd’hui au pays, cela doit vous satisfaire ?

En effet, il y a des individus qui cherchent tant bien que mal à encadrer les jeunes. Mais, il faut qu’il y ait une vraie volonté politique traduite sur le terrain par la construction des infrastructures sportives de qualité ! Au contraire, on assiste au lotissement des terrains où les jeunes évoluaient autrefois.

Comment, dès lors, entrevoyez-vous l’avenir du football congolais ?

 Je ne peux que souhaiter bonne chance au football congolais… Mais mes inquiétudes demeurent au niveau de l’organisation de ce sport-roi dans notre pays, du management de nos clubs qui constituent le socle de l’équipe nationale. Tous, nous suivons les championnats étrangers, il y a des sponsors qui y mettent des moyens pour le développement du foot… Mais ici, chez nous, nous n’avons pas de sponsors qui peuvent accompagner la Ligue valablement… Des clubs qui ne vivent que des poches de leurs présidents respectifs, et ont la plus grande peine du monde à livrer un championnat national… Ceux des provinces, comme c’est le cas avec Lubumbashi Sport aujourd’hui, profitent d’un match à Kinshasa, pour y rester quatre à cinq semaines, et affronter une fois pour tous les clubs de la capitale de la Ligue ! Si les initiatives privées rencontrent au niveau de l’État une grande volonté politique, les choses pourraient changer profondément.

 

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